24/02/2005

A vendre ou à louer, c'est hors de portée

P Vilvorde

L'immobilier est en surchauffe. L'idée d'un contrôle des loyers est dans l'air. Le MR propose des mesures pour contenir l'exode des classes moyennes.

S i l'on veut résorber la crise du logement à Bruxelles, il faut sortir du manichéisme qui consiste à opposer le logement social au logement moyen. C'est stérile. Il est indispensable d'agir sur différents paramètres. Au nom de l'opposition MR, Didier Gosuin et Olivier de Clipelle y vont de leurs propositions concrètes déposées sous la forme de projets d'ordonnance. L'objectif sous-jacent ? Contenir l'exode des classes moyennes vers la périphérie qui entraîne une lourde perte de revenu fiscal à la Région.

Ces trois dernières années, le revenu moyen des Bruxellois a chuté de 27 % malgré l'augmentation de la population, s'inquiète Didier Gosuin. Pour retenir les habitants dans la capitale, le bourgmestre d'Auderghem propose d'instaurer la portabilité des droits d'enregistrement, en permettant à une famille qui s'agrandit d'acquérir un logement plus vaste sans devoir payer une nouvelle fois les 12,5 % de droits déjà versés lors de la première acquisition. Et l'éminence FDF de sortir sa calculette : la famille qui passe d'un appartement une chambre à 150.000 euros à une maison trois chambres à 250.000 ferait l'économie des 13.125 euros déjà versés lors du premier achat. De quoi inciter plus d'un Bruxellois à rester sur le territoire régional.

Dans la foulée, le MR souhaite que soient supprimés les droits d'enregistrement de 1 % perçus lors d'un emprunt lié à un achat de logement. C'est socialement injuste, relève Olivier de Clipelle. Ceux qui ont la galette ne paient rien mais ceux qui doivent contracter un prêt sont taxés.

Le MR propose également la suppression des droits de succession entre époux et cohabitants sur la résidence commune. Et Olivier de Clipelle de citer le cas d'une veuve qui devra payer une taxe d'héritage de 33.950 euros pour pouvoir conserver la résidence d'une valeur de 300.000 euros qu'elle avait acquise avec son conjoint. Le genre de situation qui contraint souvent les personnes à revendre leur logement.

La problématique du logement traverse toutes les couches de la population et pas seulement les plus précarisés, insiste Didier Gosuin, qui rappelle pourtant son adhésion à la création de logements sociaux envisagée par le gouvernement Picqué mais lancée sous la précédente majorité. De même pour la lutte contre la location abusive de logements insalubres.

Mais le MR en appelle aussi à ce que s'instaure un processus de concertation entre les Régions. Et de citer, par exemple, la concurrence née du projet du ministre wallon Eric Antoine d'implanter du logement attractif aux portes de Bruxelles.

Plaidoyer pour un loyer objectif
ENTRETIEN

FABRICE VOOGT

Werner Van Mieghem, vous faites partie du Rassemblement bruxellois pour le droit à l'habitat (RBDH). La problématique du loyer à Bruxelles est-elle la même que celle de la propriété ou observe-t-on des différences ?
J'ai l'impression que, ces deux dernières années, les prix de vente ont encore plus augmenté que les loyers. Ce que certains experts disent, c'est qu'après l'augmentation des prix de vente suit généralement celle des loyers. On craint donc d'assister à une augmentation des loyers.

On dit que le Code du logement, qui édicte une série de normes de sécurité pour les biens en location, est trop restrictif. Etes-vous d'accord ?
C'est correct. Le grand problème, c'est le côté absolu. Il faut que le logement respecte tous les critères, sinon on le considère comme insalubre. Nous, on estime que ce n'est pas parce qu'il manque une prise dans un coin de la pièce que le logement est inhabitable. On a plaidé, dès le départ, pour un système pondéré. S'il y a des problèmes structurels, il faut agir. Sinon, pour des petites infractions, on peut imaginer de donner des amendes. Il ne faut pas oublier que ces gens doivent aussi être relogés. Françoise Dupuis (NDLR : secrétaire d'État au Logement) a annoncé qu'on allait vers une adaptation des critères : largeur des escaliers, hauteur des plafonds... C'est une bonne chose.

Quelque 28.000 ménages sont en attente d'un logement social. N'est-ce pas utopique de croire qu'on va tous les satisfaire ?
Oui. Avec les moyens actuels de la Région, c'est impossible.

Comment trouver une solution ?
Plusieurs groupes parlementaires réfléchissent au contrôle des loyers. Vus les moyens de la Région, on peut penser à des aides pour les locataires.

Dans quel ordre ?
La tendance est de dire qu'il faut d'abord instaurer un contrôle et ensuite octroyer des aides à un public plus ciblé.

Comment imaginer de pouvoir contrôler les loyers ?
Il y a plusieurs pistes. D'abord le Fédéral, via Madame Onkelinx, ministre de la Justice, qui a la compétence sur les baux et qui pourrait proposer un système d'encadrement des loyers. Sinon, la Région pourrait prendre l'initiative d'instaurer un tel système via d'autres compétences, comme les taxes foncières.

L'idée serait donc d'arriver à un « loyer objectif »...
Oui. Le propriétaire qui serait d'accord serait alors moins taxé.

A ceux qui se plaignent en disant que Bruxelles est très chère, d'autres répondent que la capitale reste encore abordable, comparée à d'autres grandes villes européennes.
Ce n'est pas une réponse. Il faut savoir que, pour les gens à bas et moyens revenus, il devient difficile de payer son loyer et encore plus de devenir propriétaire. Ça, c'est une réalité. Peu leur chaut de savoir que c'est beaucoup plus cher à Londres ou à Paris. C'est ici qu'ils vivent et gagnent leur vie.

Le revenu ne suit pas le loyer

J eune couple avec enfant cherche appartement deux chambres. Loyer modéré. Il n'est pas interdit de rêver, mais...

Le récent rapport publié par les Facultés universitaires Saint-Louis en partenariat avec le Rassemblement bruxellois pour le droit à l'habitat (1) confirme ce que chacun pressentait : la crise du logement est criante à Bruxelles, où le coût de la location a explosé ces quinze dernières années, singulièrement depuis le tournant du millénaire.

Selon les indicateurs disponibles, la moyenne des loyers bruxellois atteint 482 euros par mois. Ouf ! Le problème, c'est qu'il existe une disproportion croissante entre l'augmentation des revenus et des loyers : entre 1986 et 2001, la hausse des loyers a ainsi progressé de 46 % plus vite que celle du revenu moyen. Si bien que, aujourd'hui, le ménage bruxellois moyen doit consacrer pas moins de 30 % de son budget aux frais de logement. Pour les plus démunis, on grimpe au-delà des 60 %. Pour ne rien arranger, ce sont les logements au loyer le plus faible qui augmentent le plus, en dépit de leur piètre qualité de confort.

Comment expliquer ce phénomène ? Notamment parce que, dans le panier de la ménagère qui sert à calculer l'index, la part réservée aux frais de logement ne représente que 5,5 %... Le problème est d'autant plus sensible que, même si le nombre de propriétaires a augmenté ces dernières années, Bruxelles demeure une ville essentiellement peuplée de locataires (59 % pour 31 % de moyenne nationale). Et que la Région, confrontée à l'exode des classes moyennes, est en voie de paupérisation.

Divers facteurs peuvent expliquer la surchauffe des loyers, notamment le report des capitaux sur le marché de l'immobilier en raison des rendements assez faibles des investissements mobiliers, de l'incertitude qui règne sur les places boursières et des taux de crédit hypothécaire historiquement bas. Entre 1998 et 2003, le prix des unifamiliales a ainsi augmenté de 59 % à Bruxelles, celui des appartements de 56 %. Aujourd'hui, les maisons sont 69 % plus chères à Bruxelles qu'en Wallonie et 30 % plus chères qu'en Flandre. Par un jeu de dominos, les propriétaires répercutent ces hausses sur les loyers.

A en croire Nicolas Bernard, codirecteur de l'étude des Facultés Saint-Louis, les possibilités de logement ne manquent pourtant pas à Bruxelles : selon les sources, la Région compterait entre 15.000 et 30.000 logements vides : spéculation immobilière, problèmes de succession, impéritie des propriétaires permettent d'expliquer cette situation.

Remettre ces logements inoccupés sur le marché constituerait, à côté de la création de logements sociaux, de mesures de contrôle des loyers ou de la création d'une allocation-loyer, un levier important pour résorber la crise du logement à Bruxelles, préconise Nicolas Bernard. Fr. D.

(1) « La crise du logement à Bruxelles : problème d'accès et/ou de pénurie ? », sous la direction de Nicolas Bernard et Werner Van Mieghem, éditions Bruylant, 30 euros 

FRANCIS DUBOIS - 23.02.2005, 06:00

07:55 Écrit par O.N.H.U. | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

Acheter bien moins cher, c'est possible Depuis combien de temps un bien est il à vendre et quelles ont déjà été les baisses deprix pour ce bien ?

Donnée fondamentale pour bien négocier le prix.
www.Immotrace.be vous donne cette information pour les biens se trouvant sur les gros sites immobiliers belges.
A consulter tout prix avant d'acheter une maison.

Écrit par : Pierre | 24/02/2009

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